Joe a accordé une interview au journal allemand BILD, presque trois mois après la mort de MJ
dans laquelle il se confie sans détours sur ses sentiments et sur la relation qu'il entretenait avec lui.
BILD : M. Jackson, comment allez-vous trois mois après la mort de votre fils Michael ?
Joe Jackson : Mon coeur pleure.
Pourtant, en public, vous semblez toujours avoir l'air dur.
Je vais vous dire quelque chose : peu de temps après la mort de Michael, toute la famille s'est réunie... et tout le monde laissait couler des torrents de larmes. Tout le monde, sauf moi. Je n'ai pas versé une seule larme. Je n'ai même pas pleuré quand mon père est mort. Mais je pleure à l'intérieur. Il n'y a que lorsque j'entends Michael chanter que les larmes me viennent.
Vous avez subi des attaques violentes lorsque trois jours après le décès de Michael, vous avez fait la promotion de vos nouveaux projets musicaux sur le tapis rouge d'une cérémonie de remise de prix...
Ca a été totalement déformé. J'avais exprimé mes sentiments avec honnêteté à trois journalistes de la télévision. Le quatrième a voulu savoir quels étaient mes projets professionnels, ce à quoi j'ai également fourni une réponse honnête. Malheureusement, c'est la seule chose qui a été diffusée.
Où et quand avez-vous appris la mauvaise nouvelle ?
Avant tout le monde. Je me trouvais à Las Vegas et l'un de ses agents de sécurité m'a appelé et m'a annoncé : "Il y a un problème avec Michael". Je lui ai demandé : "Qu'est-ce qui se passe ?" Il m'a répondu que Michael s'était écroulé et ne bougeait plus. Alors j'ai hurlé dans l'appareil : "Bouge ton cul et appelle immédiatement une ambulance, tout de suite, tout de suite !" Un peu plus tard, j'ai reçu un appel m'annonçant que Michael était mort.
Vous avez immédiatement pris l'avion pour Los Angeles ?
Non. Je ne voulais pas voir Michael mort. Je ne l'ai pas vu non plus par la suite dans le cercueil, même s'il avait été bien arrangé par Randy et Janet, bien habillé et bien maquillé . Je voulais me souvenir de lui vivant, en train de chanter, de danser. Je ne peux pas et ne veux pas voir les gens que je connaissais et que j'aimais allongés dans un cercueil. Ca avait aussi été le cas avec mon père.
Quels sont vos meilleurs souvenirs de votre fils ?
A la fin des années 60, quand les Jackson 5 étaient sur le point de devenir la plus grande attraction du show-business aux Etats-Unis, un article est paru dans la presse, émettant l'hypothèse que Michael n'avait pas neuf ans mais que c'était en réalité un nain de 42 ans. Ca l'a beaucoup touché et il s'est mis à pleurer à chaudes larmes. Alors je suis allé le voir, je l'ai pris sur mes genoux et je lui ai dit : "Regarde, c'est moi, le nain de 42 ans". Alors il m'a serré dans ses bras et ses larmes ont laissé la place au rire.
Michael n'avait pas de bons souvenirs de son enfance... c'était même plutôt le contraire.
Je sais. Il a même affirmé qu'il n'avait pas eu d'enfance. Mais ce n'est pas vrai. La vérité, c'est que je ne laissais pas mes enfants jouer avec les gamins du quartier. Parce que nous ne vivions pas dans un bon quartier. Beaucoup d'enfants de là-bas sont devenus des drogués ou ont atterri en prison. Je voulais protéger mes enfants. Michael avait huit frères et soeurs avec qui il pouvait jouer. Ils gambadaient ensemble, ils jouaient au basket. Et maintenant, je vais vous raconter une autre histoire...
Nous sommes curieux...
A une époque, nous avions un pitbull et un jour, il est sorti de sa niche. Michael, qui avait à l'époque 6 ans, et son frère Randy, qui en avait 2 de moins, jouaient devant la maison et le chien s'est directement dirigé vers eux. En un seul saut, Michael a bondi sur le toit de la voiture, Randy a été mordu au tendon d'Achille - ce qui lui occasionne encore des problèmes à ce jour. Au final, une chose était claire : Michael ne bougeait comme personne d'autre !
Dès le plus jeune âge, Michael était le plus talentueux des frères ?
Jermaine chantait très bien mais Michael était phénoménal : il était capable de chanter immédiatement à la perfection toute mélodie qu'il entendait, de reproduire immédiatement tout pas de danse qu'il voyait. Imaginez un peu : il savait faire des claquettes... et non seulement il essayait, en plus, il y arrivait ! Juste après avoir vu Fred Astaire faire des claquettes à la télévision une seule fois.
Michael s'est toujours plaint que vous l'aviez battu, lui mais aussi ses frères, pour qu'ils atteignent le succès.
J'ai élevé les garçons à la dure, c'est vrai, mais je leur avais aussi fait une promesse : je vais faire de vous les plus grandes stars du monde. C'était le projet. Et ils le comprenaient. Il m'est arrivé de les frapper mais pas de manière régulière. Comment aurais-je pu le faire ? Je n'étais presque jamais à la maison. Je cumulais deux emplois pour pouvoir gagner suffisamment pour acheter des instruments et nourrir une famille de onze personnes. Mais j'insiste, je n'ai commis d'abus sur personne. A l'époque, quand un enfant n'obéissait pas, il était fréquent de lui donner un coup, même les enseignants le faisaient. De nos jours, les méthodes éducatives sont différentes et je ferais les choses différemment.
Quoi qu'il en soit, on dirait que la relation entre vous et Michael ne s'était jamais vraiment reconstruite.
C'était difficile parce que j'étais non seulement son père mais aussi son manager. De ce fait, il était difficile de tracer une frontière entre les deux. Vous savez, nous étions des Noirs dans un milieu dominé par des Blancs. Je savais que Michael pouvait devenir plus grand qu'Elvis Presley mais les Blancs ne l'auraient jamais permis. J'ai dû conduire les enfants au milieu d'un univers de requins. Et si vous me posez la question : oui, il était meilleur qu'Elvis.
Vous vous souvenez de votre dernière conversation père-fils ?
Au sujet du travail. C'était quelques semaines avant sa mort. Michael m'avait annoncé qu'ils allaient le payer en dollars pour ses concerts à Londres - pas en livres sterling ou en euros. Je me suis dit : ce n'est pas possible, ils doivent le payer dans la monnaie locale. Je m'en suis occupé. Je suis allé voir les gens de chez AEG. Ils m'ont dit de ne pas m'énerver, qui sait si le cours du dollar ne serait pas plus élevé que celui de la livre ou de l'euro quand Michael terminerait ses concerts... Eh bien, leur ai-je répondu, on va faire comme ça : Michael sera payé dans la monnaie dont le cours est le meilleur à la date du dernier concert. Ils ont accepté.
Michael aurait-il tenu le coup pour 50 concerts ?
A votre avis ? Dix, au maximum. Je vais vous dire quelque chose : il aurait dû donner seulement dix concerts. C'est ce qui avait été convenu. Il m'avait dit qu'il était complètement terrifié par ces concerts à Londres, la pression l'épuisait, il s'était laissé entraîner là dedans. Il ne voulait pas et ne pouvait pas faire plus de dix spectacles.
Saviez-vous qu'il souffrait d'une dépendance aux médicaments ?
Je savais qu'il prenait des analgésiques puissants. Il en prenait depuis longtemps, depuis l'accident survenu il y a 25 ans, quand il avait été sévèrement brûlé au cours du tournage d'une pub. Je savais aussi qu'il pouvait s'injecter des trucs vraiment forts...
Comment l'aviez-vous appris ?
C'est Prince, son fils aîné, qui m'avait dit par téléphone que Michael avait des traces d'aiguilles au niveau du pli du coude.
Pourquoi n'avez-vous pas parlé à Michael et essayé d'éviter que ça empire ?
Si, j'ai essayé. Mais durant les dernières semaines avant sa mort, je n'étais plus autorisé à le voir. Je venais devant sa maison et le service de sécurité (du promoteur) me bloquait le passage. J'ai même prévenu la police. J'ai tout essayé. J'étais déjà si loin que je me suis dit : je rentre à la maison, je vais récupérer mon flingue et ouvrir la voie à coups de pistolet pour libérer Michael. J'ai dit à ma femme, Katherine, "Il faut qu'on délivre notre garçon parce que sinon, dans une semaine, il sera mort". Une semaine après, il était mort.
Vous voulez dire que vous auriez pu le sauver ?
Oh, mon Dieu, oui.
Ca vous hante ?
Ce qui me hante, c'est qu'un homme d'une bonté exceptionnelle comme Michael ait été utilisé et ruiné par des gens en qui il avait confiance et qu'il couvrait de cadeaux.
Est-ce qu'il y a quelque chose que vous auriez aimé lui dire mais que vous n'avez pas pu lui dire ?
De leur mettre un coup de pied au cul et de se souvenir de leur nom ..